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24e CONFÉRENCE GÉNÉRALE DE L'ICOM À MILAN 3500 professionnels de musées, 130 pays

24e CONFÉRENCE GÉNÉRALE DE L'ICOM À MILAN
3500 professionnels de musées, 130 pays, un thème :
« Musées et paysages culturels »
Cérémonie d’ouverture : DARIO FRANCESCHINI, BEPPE SALA, CRISTINA CAPPELLINI
Invités d’honneur : ORHAN PAMUK, CHRISTO, MICHELE DE LUCCHI, NKANDU LUO, DAVID THROSBY 3-9 juillet 2016

24e CONFÉRENCE GÉNÉRALE DE L'ICOM À MILAN  3500 professionnels de musées, 130 pays

La 24e Conférence générale de l'ICOM (Conseil international des musées) a officiellement débuté le lundi 4 juillet. Cet événement international majeur a réuni à Milan plus de 3 500 professionnels des musées de 130 pays autour du thème « Musées et paysages culturels ».

Lors de la cérémonie d'ouverture, HANS-MARTIN HINZ, Président de l'ICOM, a évoqué avec enthousiasme la création de l’ICOM en 1946 par une poignée de passionnés, et son statut d’organisation internationale dépassant les 36000 membres aujourd’hui. Il a rappelé les aspirations fondamentales de ses fondateurs que sont la promotion des standards d’excellence dans les musées et de la coopération internationale. Et le Ministre des biens et activités culturels et du tourisme, DARIO FRANCESCHINI, d'ajouter : « L'Italie est un musée gigantesque à ciel ouvert et l'ICOM a la responsabilité de le mettre en valeur. Le nouveau système des musées italien, mis en place en 2014, a gagné en autonomie sur plusieurs aspects. Les musées sont les garants de l'éducation et du savoir. Ce n'est pas un hasard si le terrorisme international s'attaque à des lieux culturels, symboles du dialogue et de l'échange culturel entre les peuples. »

Le maire de Milan, BEPPE SALA a insisté sur le fait que « la culture est la force d'un territoire parce qu'elle est vivante et qu'elle grandit avec le public. Milan est une ville ouverte qui a déjà montré son esprit de collaboration à l'occasion de l'EXPO 2015. La mémoire et l'innovation sont les bases du développement. » CRISTINA CAPPELLINI, Conseillère pour la Culture, l'identité et l'autonomie de la Région de Lombardie, a pour sa part évoqué le soutien de la région en faveur des projets de l'ICOM depuis 2011.

Pour ALBERTO GARLANDINI, Président du Comité organisateur de l'ICOM Milan 2016 « Débattre des musées, c'est débattre du présent et des défis qu'il présente. L'enjeu majeur auquel doivent faire face les musées modernes est l'intégration des paysages culturels existants aux phénomènes tels que l'immigration et la mondialisation. L'ICOM Milan 2016 est la dernière étape d'un voyage qui a commencé il y a trois ans. »

Enfin, DANIELE JALLA, Président d’ICOM Italie, a évoqué la grande implication du comité national italien et de ses coordinateurs régionaux dans l’organisation de la Conférence, et a invité les participants à considérer « l’ouverture » comme le mot-clé de cette édition 2016. 

La cérémonie s’est poursuivie avec les interventions des deux invités d’honneur. Dans sa vidéo adressée aux participants, le prix Nobel de littérature ORHAN PAMUK a exprimé son souhait que les musées adoptent une dimension plus intime, moins institutionnelle et plus tournée vers l'individu : « L'objectif des musées, existants et futurs, ne doit pas être de représenter l'état du monde mais de recréer le monde à l'échelle de l'individu, des opprimés qui ont subi les tyrannies pendant plusieurs siècles. ». L'artiste CHRISTO ET JEANNE-CLAUDE, qui a récemment dévoilé sa dernière œuvre monumentale, « The Floating Piers », sur le lac d’Iseo en Italie, a présenté ses spectaculaires œuvres de Land Art, et notamment leur aspect conceptuel. S’en est suivi un échange vif et enthousiaste avec le public sur des questions autour de la nature de son art, de son processus créatif, de sa liberté de ton, etc. Il a notamment déclaré : « À la différence d'une grande partie de l'art contemporain, le mien est allergique à la propagande. L'innocence de mon art tient au fait qu'il n'est soutenu par personne. »

Mardi 5 juillet, l'architecte MICHELE DE LUCCHI a ouvert d’autres expertises en évoquant son rôle de scénographe pour de nombreuses expositions : « Chaque scénographie doit dialoguer en continu avec le musée en lui-même. La Pietà de Michel-Ange a été exposée seule dans une pièce dont l'entrée permettait aux visiteurs de voir directement le dos de la statue, les encourageant alors à en faire le tour. Du fait de son ancienneté, le Palais des expositions de Rome n'était pas équipé des systèmes modernes d'air conditionné et d'éclairage. Nous avons donc dû opter pour un système modulaire, non-invasif afin de respecter l'architecture du lieu. » NKANDU LUO, Ministre zambienne du Genre et du développement de l'enfance et seconde invitée de la matinée, a déclaré : « Le tout premier musée de l'histoire a ouvert ses portes en Afrique, à Alexandrie. Toutefois, l'Afrique est en retard en ce qui concerne le rôle des musées et la protection de son propre patrimoine. Le développement des musées est essentiel pour la croissance sociale et économique. Ils représentent l'âme et la richesse culturelle d'un pays. Je souhaite qu'un jour la Conférence de l'ICOM se tienne en Afrique, peut-être même en Zambie. »

Le quatrième jour de la Conférence générale a vu l'intervention de l'économiste australien DAVID THROSBY, théoricien de la notion de Capital culturel, qui a affirmé : « Les musées sont également des institutions économiques. Ils doivent fixer un prix, évaluer la valeur de leurs collections et la commercialisation. C'est une véritable industrie culturelle, dont on peut estimer la valeur en fonction de l'impact sur l'économie locale. Pour estimer la valeur publique de l'art et de la culture, nous devons prendre deux termes en compte : la valeur économique intrinsèque et la valeur culturelle immatérielle. »

Le débat de clôture s'est intéressé aux actualités liées à l'immigration et au rôle social des musées. Le groupe de débat était modéré et animé par Brenda Emmanus, journaliste de la BBC spécialisée dans l'art, la culture et le divertissement. Elle a souligné l’implication des musées dans les sujets qui font l’actualité de la société, alors même qu’ils continuent à jouer leur rôle de garants des collections. GIUSI NICOLINI, maire de Lampedusa et Linosa, a déclaré : « On connait Lampedusa pour ses tragiques histoires de naufrages. Il serait souhaitable que des aspects comme les valeurs d'intégration et d'accueil soient mis en valeur. C'est pourquoi le Musée archéologique de Lampedusa tient à montrer comment l'île a toujours joué un rôle de pont entre les continents. » David Fleming s'est intéressé à la justice sociale dans les musées tels que le Musée international de l'esclavage à Liverpool, l'Ulster Museum à Belfast ou la Galerija 11/07/95 à Sarajevo, en Bosnie-Herzégovine. Selon lui, les musées sont un nouvel outil de communication sociale et doivent se connecter à la société. Robin Hirst a déclaré : « Le peuple australien est composé en majorité d'immigrés ou de descendants d'immigrés, sauf 3% qui sont Aborigènes. Nous avons fait évoluer nos musées, qui sont aujourd'hui dédiés à l'histoire et au patrimoine des migrations et aux problématiques contemporaines qu’ils soulèvent, comme le racisme. Nous sommes à la fois spectateur et protagoniste, narrateur et acteur, de l'immigration à la diversité culturelle, en endossant le rôle d'acteur du changement social.» Marlen Mouliou, , a remis en cause le rôle des musées en tant que vitrine des relations humaines, où l'on retrace les changements sociaux et où l'on discute de la diversité et où l'on partage l'expérience et le savoir, en osant inviter le public à adopter des approches différentes.

Le thème « Musées et paysages culturels », pierre angulaire de cette Conférence générale, a été abordé et débattu par l’ensemble des 30 comités internationaux de l’ICOM présents à Milan, dans chacune de leurs disciplines respectives. Tous les participants étaient invités à assister aux présentations des experts internationaux, et à intervenir pour enrichir ces considérations nourries par plusieurs années de rigoureuse préparation. Parmi ceux-ci, le comité international ICDAD, centré autour des arts appliqués et du design, s’est intéressé à la disparition de la publicité, élément du paysage urbain, dans la ville de Sao Paulo, et de sa réappropriation par les habitants de la ville. CECA, le comité dédié à l’éducation et à l’action culturelle, a ouvert sa session sur la présentation de l’Annonciation de Léonard de Vinci, comme paysage symbolique des thèmes obsessionnels du peintre et de la Renaissance. DEMHIST a évoqué trois jours durant le rôle des maisons historiques dans la détermination des paysages sociaux-culturels d’un lieu, allant de la villa Biscaye à Bilbao ou de la Maison Martelli à Florence. ICOFOM, le comité international pour la muséologie, s’est intéressé au sujet du « musée prédateur », en insistant notamment sur les métamorphoses du musée ethnologique. 150 personnes ont pu assister aux débats et au fameux « Marché aux expositions » d’ICEE, le comité international pour les échanges d’exposition, qui tournait cette année autour du thème « Communiquer, connecter et innover avec style », largement inspiré par la ville-hôte, capitale de la mode et du design.

Le Groupe d’intervention de secours aux musées en cas de catastrophe (DRTF), composé de professionnels de musées issus de différentes parties du monde, et le Bouclier Bleu, se sont réunis lors de la Conférence pour évoquer des sujets communs. Le DRTF aide à encadrer les situations d’urgence pour le patrimoine en danger et se tient prêt à apporter conseils et assistance aux collègues et institutions qui font face à ce type de situation. Le Bouclier Bleu est une organisation dont l’ICOM est membre fondateur, portant le nom du symbole employé pour identifier les sites culturels protégés par la Convention de la Haye en 1954, un traité qui protège les biens culturels en cas de conflit armé.  La session qui les a réunis a mis en lumière le concept de patrimoine commun menacé par les catastrophes naturelles et humaines, en donnant aux musées présents des exemples de méthodes d’aide et de soutien aux collègues en situation d’urgence dans le monde entier.

Les rencontres-débats au programme de la conférence ont été très suivies par les participants. La première mettait en lumière la recommandation pour les musées de l’UNESCO, élaborée en étroite collaboration avec l’ICOM, a vu se succéder entre autres Francesco Bandarin, Sous-Directeur général pour la culture, UNESCO, Paola Marini, Directrice de Gallerie dell’Accademia de Venice, et François Mairesse, Prof. Université Sorbonne Nouvelle à Paris. Paola Marini, Directrice de l’Académie à Venise a déclaré : « le texte de la recommandation est important dans notre vie de tous les jours. Elle garde vivante l’âme du musée ! »  La seconde, centrée autour du trafic illicite des biens culturels, faisait intervenir notamment Ieng Srong, Chef de section pour le patrimoine mobilier et les musées, Eric Dorfman, Directeur du musée d’histoire naturelle Carnegie, et Markus Hilgert directeur du Musée des Antiquités du Proche-Orient au Pergamon Museum. Ils ont mis en avant l’importance de mettre en place une législation internationale, de coopérer et d’accroitre la vigilance autour de la provenance des œuvres, le trafic d’objets d’art constituant une ressource importante du terrorisme.  

Les deux sessions de tutorat pour les jeunes professionnels de musées ont rencontré un vif succès. Les quatre intervenants : Luis Repetto Malaga, Luigi Di Corato, Yousef Khacho et Eiji Mizushima ont pu exposer aux jeunes débutants leurs parcours professionnels aux profils très divers. Ces présentations ont donné lieu à des échanges animés entre les intervenants et les participants, qui ont ainsi pu bénéficier de précieux conseils pour leur carrière professionnelle.

L’exposition Where ICOM from a retracé l’évolution de l’ICOM au cours de ses 70 années d’existence, en interrogeant sur ses orientations futures. Les principales activités de l’organisation et ses défis à venir ont été abordés au travers des récits et points de vue personnels des membres de l’ICOM. Un événement organisé par le Fonds de dotation de l’ICOM, en coopération avec les étudiants de l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne.

Le salon professionnel des musées, qui rassemblait cette année 111 exposants, a réjoui les conférenciers à la recherche de dispositifs originaux et de nouveaux prestataires internationaux. Les exposants eux-mêmes ont exprimé leur avis avec beaucoup d’enthousiasme : « En seulement trois jours, nous avons rencontré plus de 200 représentants d’institutions muséales, venant de plus de 50 pays. Une indéniable réussite pour notre entreprise. L’envergure internationale de ce salon est la plus large que nous ayons connue jusqu’ici. » (Inese Cernagina, Groglass Company).

La nouvelle identité graphique de l'ICOM a été révélée le 6 juillet 2016. Cette présentation conclut un travail mené de façon consultative au sein du réseau ICOM et auprès de professionnels qualifiés au cours des deux dernières années. Le logo dessiné par le studio C-album, sélectionné au terme d'une compétition internationale, s'articule autour d'une lettre M stylisée, associée à des polices de caractères usuelles. Cette nouvelle identité repose sur des principes d'universalité et de simplicité de prise en main, indispensables au sein d'un réseau diversifié et animé par l'action de ses membres bénévoles.

Les événements sociaux prestigieux proposés par la conférence générale ont eux aussi remporté un franc succès auprès des participants qui se sont déplacés en nombre, aussi bien pour la Soirée d'ouverture au Castello Sforzesco, qui a réuni 3000 personnes, que pour le Grand concert donné au Duomo qui a fait salle comble. De nombreux autres événements comme les visites du Cenacolo ou encore la Nocturne au Musée des Sciences et techniques Léonard de Vinci, ont été plébiscités.

La conférence se poursuit jusqu'à samedi, avec l'élection du nouveau Président de l'ICOM, du nouveau Conseil exécutif et des nouvelles résolutions de l'Assemblée générale de l'ICOM. La nouvelle Présidente du Comité consultatif de l’ICOM, Regine Schulz, a été élue mardi soir après avoir siégé pendant plusieurs années au Conseil exécutif. Egyptologue, elle est directrice du Musée Roemer et Pelizaeus à Hildesheim (Allemagne).