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Conférence de Vienne : réunir des ressources pour protéger le patrimoine, de Palmyre à Cyrène

Ce mardi 26 avril 2016 une nouvelle session de « ICOM Palmyra Talks » s’est tenue au Musée d’histoire de l’art de Vienne, en Autriche, devant quelque 200 participants.

Conférence de Vienne : réunir des ressources pour protéger le patrimoine, de Palmyre à Cyrène

Cet événement était organisé par le Comité national autrichien et sa présidente, Danielle Spera, également directrice du Musée juif de Vienne. Il avait pour but, d'une part, de sensibiliser les populations aux dangers (guerres et destructions) qui menacent actuellement les sites patrimoniaux, notamment en Libye. D'autre part, il visait à proposer des solutions pour les protéger. L'ICOM s'est saisi de l'occasion pour présenter la traduction allemande de sa Liste rouge d'urgence des biens culturels libyens en péril, après avoir publié une première version en arabe, anglais et français en décembre dernier.

Dans son allocution d'ouverture, le président de l'ICOM, Hans-Martin Hinz, a souligné les efforts cruciaux réalisés par l'organisation depuis sa création pour protéger les biens culturels au sein et en dehors des musées, « l'un de nos objectifs communs les plus importants », avant d'ajouter : « depuis 15 ans, l'ICOM publie des Listes rouges de biens culturels en péril pour sensibiliser les services chargés de l'application des lois, les salles de ventes, les musées, les marchands et autres parties prenantes [...]. Ces listes sont désormais considérées comme une réussite, car elles permettent d'identifier un grand nombre d'objets et de les rapatrier vers leur pays d'origine. »

La directrice générale de l'UNESCO, Irina Bokova, a ensuite entamé un discours intitulé « La culture menacée : sauver notre patrimoine culturel mondial ». Elle a notamment mis en avant l'importance de la culture pour la cohésion sociale d'une société confrontée à la violence de l'extrémisme, aux persécutions, aux carnages et à la destruction délibérée du patrimoine commun de l'humanité, en particulier en Irak, en Libye et en Syrie. Elle a aussi précisé que « la violence n'a pas de frontières : tous les États sont concernés et nous devons réagir de concert [...]. Le patrimoine est la preuve que les cultures ne sont jamais vierges d'influences extérieures, qu'elles se diffusent à travers le monde pour nous lier [les uns aux autres]. » Par la suite, elle a évoqué la campagne #Unite4Heritage de l'UNESCO, un mouvement mondial qui invite chacun à tenir tête à l'extrémisme en célébrant les lieux, biens et traditions culturels qui enrichissent chaque communauté de par le monde.

Dans une volonté de saluer l'implication de l'Autriche dans la protection du patrimoine culturel, en sa position de pays hôte de la conférence, et surtout de par son rôle de co-sponsor du programme de l'UNESCO pour établir des mesures d'urgence pour la protection du patrimoine syrien, l'évaluation des dégâts et la formation des professionnels, Irina Bokova a déclaré : « nous pouvons faire de Palmyre le symbole de l'unité de la communauté internationale, pour répondre aux attaques sur le patrimoine avec une culture, des connaissances et une dignité toujours plus grandes [...]. Je ne parle pas de pierres ou de monuments ; je parle de notre identité en tant qu'êtres humains. Je parle de l'histoire de tout un peuple. » Enfin, elle a rappelé qu'une réunion d'experts internationaux aura lieu à Tunis, Tunisie, du 9 au 11 mai prochains. Durant cette manifestation organisée par l'UNESCO et l'ICCROM, avec l'aide de l'ambassade américaine en Libye et des institutions libyennes concernées, les spécialistes tenteront de coordonner les actions de protection du patrimoine libyen. La Directrice générale de l'UNESCO a ajouté : « Au cours des 15 dernières années, les listes rouges de l'ICOM ont considérablement renouvelé la façon dont nous luttons contre le trafic illicite et l'UNESCO est déterminé à continuer à travailler avec l'ICOM pour mettre fin à ce fléau.

Puis vint le tour de France Desmarais, la directrice des programmes et partenariats de l'ICOM, qui a présenté la version allemande de la Liste rouge libyenne, réalisée par l'ICOM avec le soutien du département d'État des États-Unis, de Vincent Michel, le directeur de la mission archéologique française en Libye, pour les explications scientifiques, et d'un groupe de 12 experts libyens, américains et européens. Cette liste répertorie des catégories d'objets particulièrement vulnérables, y compris des sculptures et bustes funéraires et des objets datant des périodes grecque, punique et romaine et des époques islamique et médiévale. Puis la directrice a comparé le pillage systématique des biens culturels en Libye et dans d'autres pays victimes de conflits à une « annihilation culturelle silencieuse », et a dénoncé que, si ces trafics ont lieu, c'est « parce qu'il existe un marché pour revendre ces précieux objets ». Elle a réitéré qu'il était nécessaire que les nations et institutions travaillent de concert pour éradiquer le vol et le trafic illégal, en mettant en avant l'expertise inestimable du réseau ICOM dans les biens culturels mobiliers, qui doit être largement diffusée « pour aider à identifier, intercepter, confisquer et, enfin, restituer les objets volés. » Par ailleurs, M. Hafed Walda, conseiller pédagogique du président du département d'antiquités libyennes et également l'un des experts ayant participé à établir la dernière Liste rouge, avait été invité pour présenter les menaces auxquelles le patrimoine culturel de son pays est actuellement confronté.

Pour conclure, France Desmarais a lancé quelques mots d'espoir quant à l'efficacité de la coopération actuelle et future pour la sauvegarde du patrimoine culturel de l'humanité : « l'attention et l'intérêt soulevés par les dernières Listes rouges [...] montrent clairement que nous apprenons de cette crise sans précédent [...] en gardant l'objectif suivant en ligne de mire : faire en sorte que le trafic illégal des biens culturels devienne très compliqué, voire impossible. »