| Journée
Internationale des Musées |
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2000
"Les musées pour une vie de paix et d'harmonie
dans la société"
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Des musées pour la paix et l'harmonie dans la société
.
Musées pour la paix, musées de la paix...
Terence Duffy,
Directeur du projet du musée irlandais de la paix
[Irish Peace Museum Project] et chargé de cours
dans le département des études sur la paix de l'université
d'Ulster, retrace l'émergence de l'idée de musée de
la paix, avant de faire le point sur la situation
actuelle et d'évoquer le rôle que les musées " classiques
" peuvent jouer en faveur de la paix.
La
paix occupe une place de plus en plus centrale dans
la programmation de bien des musées nationaux et dans
les préoccupations des professionnels. Pourtant, s'il
y a peu de pays qui ne possèdent leurs lieux de mémoire
de la guerre, les musées de la paix restaient relativement
rares jusqu'à une date récente. Du fait même de l'importance
accordée dans l'histoire aux " actes de combat " nationaux,
les musées de la paix sont encore loin de susciter
autant d'intérêt que les musées de la guerre. À cet
égard? on ne peut que se réjouir de voir ce numéro
des Nouvelles de l'ICOM consacré à la " culture de
la paix " dans le monde muséal.
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La
naissance du musée de la paix
Malgré
la relative faiblesse numérique, on a vu s'affirmer un véritable
concept de musée de la paix, repérable dans une catégorie
de musées totalement distincte, mais aussi dans l'apparition
d'une nouvelle tradition muséologique.1
Le plus ancien " musée de la paix ", est sans doute le Palais
de la paix à La Haye, fondé par Andrew Carnegie dans les
premières années du XXe siècle. Il incarne " la paix par
le droit international ", exception notable parmi les premiers
musées de la paix, porteurs d'un message " anti-guerre "
véhément. Ainsi, le musée international de la Guerre et
la Paix à Lucerne, créé par Jean de Bloch en 1902, partait
du principe que la guerre est en soi le meilleur argument
contre la guerre. Par un curieux retour de l'histoire, le
conflit même qu'il cherchait à éviter a détruit le bâtiment.
Le remarquable musée anti-guerre qu'Ernst Friedrich avait
mis sur pied à Berlin en 1923, a connu le même sort. Friedrich
espérait dévoiler la " vraie nature de la guerre " en montrant
des photographies de soldats mutilés et d'attirail militaire.
Le gouvernement nazi l'a bien vite anéanti. Une nouvelle
exposition de la paix organisée par Friedrich à Bruxelles
n'a pas survécu à l'invasion allemande en 1940. C'est ainsi
que la guerre planétaire a englouti les précurseurs de cette
tradition des musées de la paix.2
Ils n'en ont pas moins contribué à élaborer un concept et
le même message " anti-guerre " se perpétue aujourd'hui
dans des musées beaucoup plus récents. En Allemagne, on
songe au musée contre la guerre de Berlin, le musée de la
Paix installé en 1980 dans les tours du célèbre pont de
Remagen et la Maison anti-guerre inaugurée à Sieverhausen
en 1981. Le Mémorial de Caen et le Centre mondial de la
paix, des libertés et des droits de l'homme à Verdun, construits
respectivement en 1988 et 1993, se dressent aussi sur des
champs de bataille du XXe siècle.
Les
projets actuels
Les
musées de la paix modernes vont certainement au-delà du
message " anti-guerre " de leurs prédécesseurs. En ce moment,
un futur musée africain de la paix commence à prendre tournure
au Kenya, tandis que la création d'un musée national de
la paix est sérieusement envisagée au Royaume-Uni. Un musée
conservera bientôt l'histoire des lauréats du prix Nobel
de la Paix à Oslo. Un autre a ouvert ses portes à La Haye,
en mai 1999, afin de présenter les liens historiques tissés
entre cette ville et la paix internationale. Il est prévu
de dédier des musées à l'ONU et à sa mission de maintien
de la paix. Le musée Nicholas Roerich, à New York, vient
de monter une exposition autour des apports de son fondateur
à la culture de la paix et au Costa Rica, la fondation Oscar
Arias étudie un projet ambitieux de musée de la paix en
Amérique centrale.
La
diversité des musées de la paix
Nous
avons d'abord les musées de la paix qui portent ce nom,
tel le musée de la Paix de Chicago, et l'on en dénombre
une vingtaine à travers le monde, dont chacun a sa spécialité.
Il y a ensuite les structures conçues en réponse à un événement
précis. On pense aux lieux de mémoire de l'holocauste (tel
le musée historique Yad Vashem à Jérusalem) et aux pavillons
d'accueil à vocation pédagogique sur les sites des camps
de concentration (notamment à Dachau et à Auschwitz).
Il existe par ailleurs des établissements centrés sur l'aide
humanitaire, à Londres et à Genève. Il faut mentionner aussi
les " musées de la non-violence ", à commencer par les multiples
musées Gandhi répartis dans toute l'Inde, avec des antennes
en Europe, en Australie et aux États-Unis. Enfin, on peut
estimer que tout musée qui traite des questions liées à
la paix est un " musée de la paix ". Dans l'ensemble, toutes
ces structures ont en commun de s'attacher à préserver l'histoire
de la lutte pour la paix et donc de la culture de la paix.
Des
musées pour la paix
Il
est à noter que beaucoup d'espaces d'exposition " classiques
" ont décidé depuis quelques années de privilégier les manifestations
qui ont trait à la paix. La différence entre " musée de
la guerre " et " musée de la paix " réside moins dans la
composition matérielle du fonds que dans la démarche de
l'équipe de conservateurs.3
Les musées " classiques " contribuent de plus en plus à
promouvoir (directement ou non) une " culture de la paix
". Le travail accompli dans des zones de conflit (voir
l'entretien avec Shaje'a Tshiluila) ou dans
des sociétés multi-ethniques (voir
l'exemple du musée de Sarawak) souligne les
capacités d'action des musées en faveur de cette " culture
de la paix ". Dans le même ordre d'idées, les musées auxquels
il incombe à la fois de conserver et de présenter l'histoire
assument une tâche qui concerne directement les enjeux de
la " culture de la paix " (voir l'article de l'Institut
national du patrimoine à Tunis, p. 6). Tout ce travail encourageant
tend à confirmer la conviction exprimée par Federico Mayor,
l'ancien directeur général de l'UNESCO, que la culture de
la paix " n'est pas seulement faisable et indispensable
[...] elle est déjà en marche".4
Le nouveau directeur général de l'UNESCO, M. Koichiro Matsuura,
explique que l'expérience de la guerre, vécue dans son enfance,
l'a poussé à " s'engager à faire tout son possible pour
la paix mondiale".5
C'est dans le même engagement personnel que tant de professionnels
des musées et de militants pacifistes puisent l'énergie
nécessaire pour créer des musées voués à la paix ainsi qu'une
" culture de la paix " au sein des musées " classiques ".
1.
T.M. Duffy, 'Civic Zones of Peace' in Peace Review: A Transnational
Quarterly, Vol. 9, No. 2, June 1997, pp. 199-205.
2. T.M. Duffy, 'The
Peace Museum Concept' in Museum International (UNESCO), Vol.
XLVI, No. 1, 1993, pp. 4-8.
3. T.M. Duffy, 'Exhibiting
Peace' in Peace Review: A Transnational Quarterly, Vol. 5.
No. 4, 1993, pp. 487-493.
4. Federico Mayor, in
UNESCO and a Culture of Peace: Promoting A Global Movement,
(UNESCO, Paris, 1995) esp. p 5.
5. Koichiro Matsuura,
The Times Higher Education Supplement, 29 October 1999. p.
9.
Terence Duffy
Magee College, University of Ulster, Londonderry, BT48 7JL,
Irlande du Nord.
Tel. (33 1504) 375 223. Fax (33 1504) 375 207.
Email: TM.Duffy@ulst.ac.uk
Articles
autour du thème:
Un
siècle de diversité ethnique à Sarawak
Les histoires enchevêtrées du bassin
méditerranéen
Articles
publiées dans: "Nouvelles de l'ICOM", Volume 53 - 2000 N°1
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