| Journée
internationale des musées |
|
 |
2001
"Les musées : construire les communautés"
|
|
|
INNOVATION
- Les Communautés du Cyber-Espace
: le MUVA, Musée virtuel d'Art El País
Alicia
Haber
Directrice de projet et directrice du Museo Virtual
de Artes El País, Montevideo, Uruguay.
Administré depuis son siège de Montevideo, en Uruguay,
le MUVA a ouvert ses portes en ligne le 20 mai 1997.
Ce musée virtuel http://www.diarioelpais.com/muva
(version espagnole) et http://www.diarioelpais.com/muva2
(version anglaise), consacré à l'art et à la culture
uruguayens constitue le plus important site Web du
pays. Dans ses galeries, sont réunies des ouvres provenant
d'ateliers d'artistes, de collections privées et de
musées qu'il serait impossible d'admirer autrement
ou qui ne sont pas facilement accessibles aux visiteurs.
Par ailleurs, bien qu'existant dans le cyber-espace,
le MUVA est conscient de l'importance de l'authenticité,
l'accessibilité et la vérifiabilité des données qu'il
présente, et il respecte les normes professionnelles
d'un musée ordinaire.
|
C'est
la situation que connaît l'art uruguayen qui explique la
création d'un musée virtuel dans ce pays en développement.
En effet, les problèmes auxquels le monde artistique est
confronté sont liés à des conditions socio-économiques qui
rendent difficiles l'accessibilité et la vulgarisation.
Les musées disposent d'infrastructures médiocres, de collections
limitées (dans lesquelles l'art contemporain n'est pas suffisamment
représenté), et ils n'ont quasiment aucun budget pour les
acquisitions ; c'est pourquoi de nombreuses pièces restent
dans les ateliers des artistes ou sont uniquement vues lors
d'expositions temporaires. De plus, la plupart des ouvrages
et catalogues sur l'art uruguayen étant publiés en espagnol
et vendus à l'échelle nationale, ils ne sont pas toujours
à la portée du public international. Ainsi, la création
du MUVA est-elle issue des frustrations et des limites imposées
par les réalités socio-économiques de l'Uruguay d'aujourd'hui.
Or, certaines de ces contraintes disparaissent dans le cyber-espace.
Le MUVA offre des analyses, des connaissances, des témoignages,
des informations, ainsi qu'un accès à des ouvres rarement
visibles. Pour une petite nation en développement, il constitue
un moyen rentable et économiquement viable de soutenir et
encourager l'art et l'histoire de l'art. Ce musée virtuel
donne aux visiteurs des quatre coins de la planète l'occasion
de découvrir les aspects peu explorés, et souvent inaccessibles,
d'un petit pays périphérique à travers des images et des
textes. Les espaces virtuels comme le MUVA possèdent donc
une utilité toute particulière, à savoir : les conservateurs
et les historiens de l'art peuvent être libérés des exigences
de l'espace et du temps, et établir une communauté de visiteurs,
ce qui ne serait pas possible dans le "monde réel".
Le MUVA attire des visiteurs du monde entier, certains appartenant
à la diaspora uruguayenne qui s'est constituée à la fin
des années 1960 (à cause de la crise économique débutant
en 1955) et s'est intensifiée durant les années 1970 (la
raison principale étant le coup d'état qui a mis en place
une dictature militaire entre 1973 et 1984). Les quelque
350 000 Uruguayens qui vivent à l'étranger (essentiellement
aux Etats-Unis, en Argentine, au Brésil, en Australie, en
Israël, au Canada et en Italie) ont un niveau d'instruction
élevé et conservent de solides liens avec leur patrie, mais
ils manquent d'informations suffisantes sur la culture uruguayenne
contemporaine.
Parallèlement, le MUVA lance des passerelles entre les habitants
de toute la planète, et il a établi une vaste communauté
virtuelle de visiteurs. Or, un musée virtuel appartenant
à un pays périphérique n'est pas remarqué facilement : il
doit faire face à l'hégémonie de certaines nations sur le
Web, et être présent dans la langue véhiculaire d'aujourd'hui,
l'anglais. Même si Internet représente la décentralisation,
la démocratisation et la capacitation, et même si par nature,
il peut amener à ébranler le pouvoir et les monopoles, il
est né aux Etats-Unis, et c'est l'Amérique qui domine la
majorité des sites. Le problème se pose en ces termes :
les cultures, sites et pays, périphériques, certes, mais
passionnants, n'éveillent pas suffisamment l'attention des
sites américains ni des nations du Premier Monde. Internet
n'est pas réellement une cyber-démocratie puisque les sites
de langue anglaise prédominent, ainsi que les pays du Premier
Monde, surtout les Etats-Unis.
Le MUVA incite donc Internet à devenir plus varié, multiculturel,
et multilingue dans la mesure où il assure la diffusion,
à la fois en espagnol et en anglais, d'une culture et d'un
art peu connus. Cette utilisation d'Internet permet en outre
de lutter contre les préjugés et les stéréotypes en favorisant
précisément une meilleure appréhension des différences entre
les pays latino-américains dans le domaine de l'art et la
culture. Le MUVA tire le meilleur parti des avantages d'Internet,
lequel fait voler en éclats les barrières géographiques,
revient de moins en moins cher, et donne la possibilité
de toucher un grand nombre d'individus et de partager l'information
au niveau mondial. Tout en établissant une communauté virtuelle
de visiteurs de musée, le MUVA prouve qu'un petit pays peut
revendiquer le droit de parler de son art, de présenter
son art, d'analyser et faire connaître son art et l'histoire
de celui-ci.
Museo
Virtual de Artes El País
Pza. Cagancha 1166/802, Montevideo 11100 Uruguay.
Tel. (598 2) 902 0115 ext. 289.
Email: muva@diarioelpais.com
http://www.diarioelpais.com/muva
http://www.diarioelpais.com/muva2
Articles
autour du thème:
ÉCHANGES
- Les
clés de la mémoire
INNOVATION
- Les
communautés du Cyber-Espace : le MUVA, Musée
virtuel d'art El País
DÉVELOPPEMENT
- Un
modèle de musée communautaire dand un village
du Haut Atlas
INTÉGRATION
- Un
hommage à l'histoire multiculturelle de l'Australie
PARTICIPATION
- L'auto-partimonialisation
d'une communauté
Articles
publiées dans: "Nouvelles de l'ICOM", Volume 54 -
2001 N°1
|
|