Accueil/Qui sommes-nous/Média/Magazine Les nouvelles de l'ICOM/Le Franklin Institute de Philadelphie change la manière de narrer l'histoire de l'armée de terre cuite
 

Le Franklin Institute de Philadelphie change la manière de narrer l'histoire de l'armée de terre cuite

par Yu Zhang, présidente de Yu Culture et consultante pour les projets culturels en rapport avec la Chine

 

Ceux qui travaillent dans un musée hors de Chine rêvent souvent d'accueillir une exposition sur l'armée de terre cuite, quitte à ce qu'elle ne comprenne « que » 8 à 10 soldats et chevaux, sur les quelques milliers de statues âgées de deux mille ans, découvertes à Xi’an. Le musée de Te Papa Tongarewa, en Nouvelle-Zélande, sera prochainement l'un des heureux élus. Cette exposition à grand succès coûtera, selon les prévisions, « plus de 4 millions de dollars néo-zélandais », et rapportera « quelque 41 millions de NZD ». Elle devrait pour cela « attirer plus de 112 000 visiteurs » entre décembre 2018 et avril 2019. En comparaison, 850 000 visiteurs s’étaient rendus au British Museum en 2007-2008 pour The First Emperor: China’s Terracotta Army (« Le premier empereur : l'armée de terre cuite chinoise »), l'exposition itinérante chinoise la plus connue au monde. Il s'agissait de la deuxième exposition la plus visitée du musée, juste après celle de Toutankhamon en 1972.

@YZ / Yu Culture

 

La bonne nouvelle, c'est que cette exposition n'est plus réservée aux musées nationaux, comme cadeau diplomatique « offert » par le gouvernement chinois. Si plusieurs versions des soldats font actuellement le tour de la planète, l'histoire chinoise unique qui est racontée est toujours adaptée au public local. Après avoir fait halte au Centre des sciences du Pacifique à Seattle, États-Unis, entre avril et septembre 2017, l'exposition intitulée The Terracotta Warriors of the First Emperor (« Les guerriers d'argile du premier empereur ») a récemment ouvert ses portes au Franklin Institute de Philadelphie. Il s'agit d'une exposition unique de ces guerriers, qui a lieu pour la première fois hors d'un musée d'archéologie. « Nous essayons de montrer l'aspect scientifique, le processus utilisé, en plus de narrer la merveilleuse histoire de ces soldats », explique Jeanne Maier, directrice des expositions et de la conception au Franklin Institute. Et Ellie Byrom-Haley, la présidente et responsable créative de Gecko Group, l'entreprise chargée de développer et concevoir l'interprétation et l'exposition/expérience, ajoute : « Cette exposition étudie l'aspect scientifique de ces statues d'argile antiques. Elle utilise pour cela différentes techniques, notamment des éléments interactifs attrayants, des médias percutants et des expériences théâtrales immersives. Les visiteurs découvrent comment et pourquoi on a créé ces soldats. Ils entrevoient les mystères qu'il nous faut encore résoudre. »

 

L'exposition espère susciter l'intérêt des « visiteurs intéressés par les artefacts », en plus du public principal du centre des sciences, attiré par l'interactivité des collections. Par ailleurs, le programme scolaire des élèves de CM1 de Philadelphie traite de la Chine et des sciences et technologies. L'exposition « concorde donc parfaitement avec ce qu'ils apprennent à l'école », avance Jeanne Maier. C'est d'ailleurs pour cette raison que la narration a séduit Haiyun Wu, du Centre de promotion du patrimoine culturel du Shaanxi. L'organisme a coordonné l'exposition entre quelque 20 prêteurs situés le plus souvent dans la région, mais aussi dans le reste de la Chine. « Il est probable que des capacités technologiques avancées aient été nécessaires à la naissance de ce grand empire. De nombreux mystères entourent encore les soldats d'argile : comment ont-ils été érigés, quels étaient les processus standardisés, qu'en est-il des fosses... Nous sommes heureux qu'un centre des sciences tente de résoudre ces mystères pour les générations futures. »

 

Après avoir visité plusieurs musées du Shaanxi, en Chine, les équipes responsables de l'exposition au Centre des sciences du Pacifique et au Franklin Institute ont été inspirées par les fosses, mais aussi par les techniques d'ingénierie et de production de masse de la Chine antique. Sans oublier, bien sûr, par les objets eux-mêmes. Pour la première fois, les soldats seront prêtés à un centre des sciences. Chacun sera exposé sur un socle en pierre et accompagné d'une histoire sur la science et la technologie. Convaincre les partenaires chinois ne fut pas bien difficile, malgré les préoccupations sur la conservation et la sécurité lors de l'exposition. « Chaque partie a dû faire un effort », affirme Jeanne Maier. Les guerriers sont présentés dans une galerie dotée de systèmes de régulation de la température et de l'humidité, et de dispositifs de sécurité appropriés. À leurs côtés se trouvent 185 autres artefacts archéologiques, abrités dans des vitrines où la température est là encore contrôlée.

Photo avec l’aimable autorisation du Franklin Institute

 

Après de nombreux voyages pour rendre visite aux prêteurs et chercheurs chinois, qui ont « transmis autant d'informations qu'ils le pouvaient », et à l'aide de répliques grandeur nature, l'institut a réussi à montrer que les couleurs des peintures utilisées sur les guerriers ne s'étaient pas estompées de la même façon au fil des siècles. Grâce à l'application de réalité augmentée proposée avec l'exposition, le Franklin Institute et ses consultants scientifiques montrent l'ensemble des armes qui auraient pu être utilisées par les soldats. Reste ensuite aux visiteurs à construire leur propre armée virtuelle, pour prolonger l'expérience physique offerte par l'exposition. L'institution a également développé ses propres éléments interactifs. Par exemple, les archers sont couplés à l'assortiment de gâchettes d'arbalètes de sa collection. Contacté par écrit, Ningbin Hou, le directeur du musée du mausolée de l'empereur Qin Shi Huang (surnommé « musée de l'armée de terre cuite », l'un des prêteurs qui a travaillé en coordination avec le Centre de promotion du patrimoine culturel du Shaanxi), a affirmé être très impressionné par l'interprétation et l'expérience immersive proposées par l'exposition de l'institut. Il a ajouté souhaiter apprendre de ces expériences interdisciplinaires, pour les futures expositions de son musée.

 

Le partenariat Franklin-Gecko est particulièrement fier de son « expérience emblématique », qui recréé les fosses originales. Les visiteurs peuvent ensuite les parcourir, entourés par des guerriers grandeur nature. Des projections en 3D sont affichées sur les corps des soldats et montrent le lent effacement des couleurs au fil du cheminement des visiteurs. Cette expérience incroyablement immersive a été conçue par Gecko Group, en collaboration avec Klip Collective (pour les médias et le mappage 3D).

Photo avec l’aimable autorisation du Franklin Institute

 

Les prêteurs comme les musées hôtes ont tous été satisfaits des résultats obtenus. « “L'armée de terre cuite” est une exposition très prisée. Lorsqu'elle parcourt le monde, nous voulons qu'elle montre à la fois les dernières découvertes archéologiques, mais aussi les techniques de conservation. Nous sommes ravis de voir les guerriers exposés hors des murs des habituels musées d'archéologie, dans des lieux tels que des musées pour enfants ou des centres des sciences », conclut Ningbin Hou. Le directeur a profité de son séjour à Philadelphie pour signer un protocole d'accord avec l'institut, suite au fort succès remporté par cette collaboration. Haiyun Wu a également salué cette coopération harmonieuse, et attribué la réussite de l'événement à la confiance mutuelle entre les parties.

 

Alors, musées, êtes-vous prêts à raconter l'histoire des soldats d'argile à votre façon ?

Photo avec l’aimable autorisation du Franklin Institute

 

 

***

Pour plus d'informations

Suivez les actualités des musées et de la culture en Chine : https://www.scoop.it/t/museums-in-china

Abonnez-vous à la lettre d'information de Yu Culture : http://eepurl.com/cmM1nP

Contactez Yu Zhang : yu.zhang[at]yuculture.fr