| Cahiers
d'études / Study Series |
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ICOM's International Committee for Museum Security
(ICMS) /
Le Comité international de l'ICOM pour la sécurité
dans les musées (ICMS)
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Prévenir
un risque incendie, en diminuer les conséquences
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Colonel
Alain Raisson
Brigade de Sapeurs pompiers de Paris
Ingénieur de l'Ecole nationale supérieure de techniques
avancées (ENSTA).
Chargé de mission pour la sécurité au ministère de
la Culture.
Conseiller technique sécurité incendie auprès du Directeur
des musées de France.
Chef du service prévention sécurité incendie du musée du
Louvre.
Summary
in english
Chaque
année, le feu demeure l'élément majeur de destruction des
oeuvres. Pour n'en rester qu'a l'Europe, ces dernières années
des sinistres ont eu lieu:
-
en Russie: la bibliothèque de Saint-Pétersbourg
-
en Angleterre: le château de Windsor
-
en France: le parlement de Bretagne a Rennes en Italie:
la Fenice a Venise
-
au Portugal: le Chiado a Lisbonne
-
en Espagne: l'opera de Barcelone...
Tous
ces sinistres ne sont cependant pas inéluctables. Il y a
des techniques pour:
- éliminer
au maximum le risque de survenance de l'incendie: la prévention
;
-
limiter son développement: la prévision ;
-
pour en limiter les dégâts: les plans de sauvegarde.
Prévention
- Prévision
Avant
toute chose, il convient de bien analyser le risque de destruction
par le feu pesant sur un musée ou de tout autre lieu culturel.
Le risque nul n'existe pas et il est donc nécessaire de
bien connaître cette menace afin de pouvoir y faire face
et d'en limiter les conséquences. L'incendie peut se décomposer
dans le temps en une suite d'étapes: déclenchement, développement,
propagation. A chaque étape, les personnes et les ouvres
peuvent être atteintes.
Trois
définitions complémentaires peuvent être données du risque
incendie : Le risque incendie est la probabilité de survenance
de cet événement en fonction des éléments constitutifs d'une
situation donnée. On peut aussi le définir plus simplement
comme le danger d'incendie ou d'atteinte par le feu,
créé par une certaine situation. On peut aussi identifier
le risque à un lieu et le définir comme un point ou un
lieu à partir duquel ou dans lequel le feu peut naître et
menacer d'autres lieux. On le voit, ces définitions
ne permettent pas de bâtir une méthode scientifique absolue,
reposant sur des certitudes physiques et mathématiques.
Estimer
un risque incendie est en effet une tâche difficile qui
nécessite beaucoup d'expérience et d'humilité. On devra
s'attacher à déterminer la façon dont un feu peut naître,
comment il peut évoluer, quels dommages il peut causer.
Cela nous entraînera tout naturellement à imaginer les différentes
parades ou mesures destinées à réduire la probabilité de
survenance, à limiter le développement ou la propagation
et, enfin à assurer au maximum l'intégrité physique des
personnes et des ouvres. L'évaluation du risque doit se
faire en intégrant en permanence le facteur "temps", afin
d'avoir une estimation dynamique.
Pour
commencer, un feu se déclenche puis se développe dans son
local d'origine en consommant les produits et matériaux
qui s'y trouvent, puis il se propage en sortant de son local
initial pour gagner d'autres lieux. Nous devons agir à ces
différents niveaux. Le déclenchement, c'est la rencontre
d'une cause et d'une situation initiale. La situation initiale
correspond à une plus ou moins grande quantité de produits
ou de matériaux dont l'inflammabilité est variable. La cause
peut être humaine (négligence, imprudence...), technique
(électricité...) ou naturelle (foudre, combustion spontanée).
La vitesse de déclenchement va dépendre de l'inflammabilité
des matériaux, de leur disposition dans le local et de leur
quantité. En se développant, le feu va produire de la chaleur,
des gaz chauds toxiques ou agressifs et des fumées. Ce sont
les vecteurs de la propagation. Celle-ci dépendra de la
structure du bâtiment, des cloisonnements, de la nature
de la construction, des risques propres aux autres locaux
et des liaisons existants entre les locaux. Le feu emprunte
toutes les liaisons, mais il a une propension à se propager
vers le haut.
Comment
se protéger efficacement contre ces risques ?
Déclenchement
On se protège du risque de déclenchement par la prévention.
Pour cela, il convient d'empêcher l'éclosion du sinistre,
c'est-à-dire de réduire au maximum les causes de l'incendie.
A la base de l'incendie, on retrouve toujours comme cause
générale l'énergie sous sa forme calorifique. Les sources
de chaleur, qu'elles soient chimiques, mécaniques, électriques
ou lumineuses, doivent être connues pour en mesurer les
dangers. Les causes de déclenchement les plus fréquentes
sont accidentelles, elles ont pour origine l'imperfection
humaine, l'ignorance, la négligence ou la malveillance.
Bien souvent, on attribue un incendie à d'autres causes
pour effacer les erreurs de ceux qui ont mal conçu, réalisé
ou utilisé certaines installations. La connaissance de ces
causes permet d'en supprimer un bon nombre par l'observation
de mesures particulières, telles que l'interdiction de fumer
dans les locaux à risque, la ventilation des volumes où
peuvent se trouver des vapeurs dangereuses... L'analyse
du risque de déclenchement permet donc :
-
d'identifier les points dangereux (chaufferie, armoire
électrique, atelier de restauration, menuiserie...)
-
d'apprécier les causes possibles d'un feu
-
d'apprécier la nature et la vitesse du phénomène initial
(simple échauffement, feu couvant, explosion...)
-
d'estimer l'effet initial possible sur les ouvres.
Ayant
appréhendé la nature et les causes du risque de déclenchement,
il convient d'étudier les moyens pour y remédier. Les principales
mesures qui doivent être prises sont:
-
en premier lieu, la propreté des locaux (sciure balayée
et évacuée journellement, poubelles vidées le soir et
non le matin...);
-
le respect des consignes de sécurité (interdiction de
fumer, interdiction d'utiliser une flamme nue, rangement
des produits dangereux dans des armoires adéquates...);
-
le bon état des installations électriques, liaisons équipotentielles,
boîtier de coupure de courant manuelle et/ou automatique
(si possible couper le courant le soir avant de quitter
les locaux);
-
la mise en place de la procédure de permis de feux...
Développement
Une fois née, la flamme peut s'arrêter d'elle-même ou bien
se développer dans son milieu initial avec une vitesse très
variable. Cette vitesse va dépendre des matériaux situés
dans le local et que l'on doit estimer en nature, quantité
et répartition. La vitesse de développement dépend aussi
des matériaux employés pour la construction du bâtiment.
L'analyse du risque de développement va donc permettre:
-
d'estimer la vitesse de développement et la quantité de
chaleur dégagée par unité de temps et au-delà les effets
prévisibles sur les ouvres;
- de
définir le sens du développement du feu;
-
d'apprécier ses effets sur les éléments de construction;
-
d'identifier les ouvres touchées ou menacées,
- d'apprécier
les dommages possibles.
Cette
analyse étant faite, il devient alors possible de remédier
au développement. Les principales mesures sont:
- la
détection automatique d'incendie (détection ionique de
préférence). Il faut prendre soin de noter qu'il ne suffit
pas de disposer d'un équipement, mais qu'il faut que l'alarme
donnée puisse être recueillie, interprétée et exploitée
par l'homme;
-
l'extinction automatique, les robinets d'incendie armés,
les extincteurs...
-
mais aussi des mesures constructives par l'emploi de matériaux
incombustibles ou difficilement inflammables et des mesures
d'organisation en limitant par exemple le stockage de
produits inflammables dans les ateliers;
-
et puis, il ne faut pas oublier la formation du personnel
qui aura à intervenir en premier lieu.
Propagation
II y a propagation lorsque le feu sort de son local initial
et gagne d'autres locaux directement contigus ou non. Elle
peut se faire par projection de matériaux enflammés, transfert
direct des gaz chauds, ou par rayonnement. Les portes, les
fenêtres, les gaines, les conduits, les trous, les façades
sont autant d'éléments qui favorisent ce phénomène. De ce
fait, on devra porter une plus grande attention aux locaux
qui présentent des risques particuliers, que l'on peut dénommer
"points dangereux" et on devra prendre toutes les mesures
prévisibles et nécessaires pour qu'un incident se produisant
à l'intérieur ne puisse gagner un local névralgique. On
appellera "point névralgique" ou "point sensible" un local
contenant une ouvre ou des ouvres dont l'atteinte entraînerait
des conséquences dramatiques pour le patrimoine culturel.
Comme
pour le développement, il existe des techniques permettant
d'enrayer la propagation, ou tout du moins pour la ralentir
et en diminuer l'ampleur. Ces mesures peuvent être passives
ou actives mais elles sont presque toujours d'ordre constructif:
- mesures
passives: stabilité de la construction pour éviter les
effondrements, recoupements intérieurs par des murs coupe-feu,
maintien de l'intégralité des séparations aux passages
des gaines et conduits, éloignement des bâtiments, potentiel
calorifique des façades, dimension et éloignement des
ouvertures en façades ;
-
mesures actives: portes coupe- feu ou pare-flammes, clapets
dans les gaines au droit des recoupements, désenfumage
naturel et mécanique...
Sauvegarde
des ouvres
Pour différentes raisons, les mesures destinées à réduire
le déclenchement, le développement puis la propagation du
risque incendie peuvent ne pas avoir remplies leur rôle.
Il est alors nécessaire d'avoir étudié et mis en place un
plan pour réduire ou tout au moins limiter au maximum les
dégâts sur les ouvres. Différentes formes de menaces peuvent
amener la direction d'un musée à évacuer les ouvres. Les
atteintes possibles peuvent être immédiates ou différées:
-
immédiates: feux, inondation, tornade, effondrement...;
-
différées : risque de conflit, climat social très dégradé,
travaux de restructuration.
Les
actions immédiates doivent faire l'objet d'une planification
préalable, établie en liaison avec les services locaux d'incendie
et de secours. Les actions différées doivent aussi faire
l'objet d'une planification établie au sein de la direction
du musée. Quelle que soit la menace, il convient de respecter
quelques principes.
Les
choix:
Avant toute chose, le responsable du musée doit indiquer
un ordre de priorité pour l'évacuation ou la protection
des ouvres. Sauf dans le cas d'un objet très particulier,
le choix se fera par grands ensembles (salle, panneau, zone)
et non ouvre par ouvre. Cet ordre de priorité devra distinguer
les ouvres à évacuer et celles qui, trop volumineuses ou
trop lourdes, devront être protégées sur place.
Comment:
Les personnes qui auraient à inter- venir en urgence doivent
avoir reçu un minimum de formation pour l'évacuation ou
la protection des ouvres, afin d'éviter d'occasionner des
dégâts trop importants sur les ouvres. Cette formation doit
être dispensée aux sapeurs-pompiers locaux, qui auront la
charge d'évacuer ou de protéger les ouvres les plus menacées
et qui seront les seuls à pouvoir approcher, grâce à des
appareils permettant de se déplacer dans les fumées. Il
est nécessaire de leur enseigner:
-
les gestes à accomplir pour décrocher un tableau, ouvrir
une vitrine ;
-
les précautions élémentaires pour transporter une ouvre;
-
la nature des protections qu'il faut appliquer à une ouvre
qui ne peut être déplacée (en raison de son poids ou de
sa taille) : protection contre les fumées, l'eau d'extinction,
la chaleur (arrosage au moyen d'une lance à jet diffusé).
Avec
quoi:
-
matériel de décrochage: prévoir, dans le plan de sécurité
établi, les lieux où les intervenants pourront se voir
confier le matériel (clefs des vitrines, tournevis avec
lames spéciales, clefs à pans multiples, etc.). Ce matériel
ne devra en aucun cas être confié en permanence aux services
d'incendie et de secours, mais leur être remis, si nécessaire,
au moment de l'intervention ;
-
matériel de transport : en fonction du type d'ouvre à
évacuer, il est utile de prévoir, éventuellement, des
panières (pour les livres, petits objets...), des chevalets
roulants (pour les tableaux de taille moyenne...). Les
ouvres évacuées ne pouvant rester dans une cour ou sur
un trottoir, des véhicules de transport (selon un plan
à élaborer avec la municipalité, l'armée ou un transporteur
local...) doivent pouvoir être utilisés dans un délai
de deux heures ;
-
matériel de protection : les bâches en toile ou les films
en polyuréthanne doivent être fournis en quantité suffisante
pour permettre de protéger les plus grandes ouvres. Afin
d'assurer une relative étanchéité, il est bon de prévoir
du ruban adhésif résistant à l'eau.
Où:
Le plan établi doit prévoir un lieu de repli où disposer
les ouvres évacuées. Ce lieu doit répondre aux conditions
suivantes : ne pas être trop éloigné, être à l'abri des
intempéries, être sûr et facile à surveiller. Dans la mesure
où la taille des réserves, l'importance et le nombre des
ouvres à évacuer le permettent, la solution idéale consiste
à conclure un accord d'aide réciproque avec un musée situé
à proximité.
Prévenir
un risque est donc une opération complexe qui intègre un
très grand nombre de facteurs difficilement quantifiables
mais seule- ment "appréciables" selon leur degré d'importance.
On doit se poser sans cesse des questions: Tel risque est-il
supportable pour le niveau de sécurité désiré? Telle mesure
est-elle adaptée à l'effet recherché? Les niveaux de sécurité
évoluent dans le temps et ne sont pas les mêmes suivant
l'heure de la journée. Faire de la prévention incendie impose
une méthode de réflexion analytique et synthétique. Les
différentes mesures destinées à réduire les risques doivent
être spécifiquement adaptées aux facteurs identifiés sinon
la prévention ne remplit pas son rôle.
En
conclusion, il faut rester très humble dans ce domaine.
Le feu est et restera un ennemi permanent qui continuera
à détruire notre patrimoine. Mais il ne s'agit pas pour
autant de baisser les bras et il faut au contraire tout
faire pour le combattre et limiter son action.
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Dans
la nuit du 2 au 3 janvier 1997, alors que la température
extérieure était de -10°C, une brusque fuite accidentelle
de vapeur a entraîné une condensation extrême sur
une partie de la verrière de la grande galerie du
musée du Louvre. La fuite de vapeur a eu pour origine
la rupture d'un joint dans un échangeur. Le chauffage
de la grande galerie (en cours de rénovation) était
assuré par de l'air chaud empruntant des gaines et
diffusé par des calorifères. La vapeur a donc emprunté
les mêmes gaines et s'est répandue dans la grande
galerie. Au contact des parties froides (murs, verrières...),
la vapeur s'est condensée et transformée en eau, ruisselant
le long des murs et tombant de la verrière : une véritable
pluie tombait du plafond. Le conservateur de permanence
n'hésita pas un seul instant, la décision fût prise
de décrocher une grande partie des ouvres. Les opérations
de décrochage ont été effectuées en appliquant les
principes exposés ci-dessus et enseignés aux sapeurs-
pompiers de Paris détachés pour assurer la sécurité
incendie du musée du Louvre, La garde incendie du
musée du Louvre comprend 14 hommes : 1 officier, 3
sous-officiers et 10 militaires du rang. Sur ce total,
11 sont opérationnels. J'ai fait venir aussi la garde
(5 opérationnels) de l'établissement mitoyen qui est
aussi sous ma responsabilité. Conformément à ce qui
est décrit plus haut, le maté- riel utilisé pour la
protection et le décrochage est en dotation dans un
certain nombre de points du musée afin de gagner du
temps. Il fût bien utile. Pour le transport des ouvres
les plus lourdes, j'ai utilisé les chevalets qui d'habitude
servent aux copistes. La formation du personnel est
assurée par nos soins avec le conseil des conservateurs
et des responsables des ateliers muséographiques.
Chaque personne a suivi une trentaine d'heures déformation
spécifique pour l'évacuation des ouvres d'art en cas
d'urgence. Résultat, en moins de 3 heures, quelques
57 tableaux (essentiellement des peintures sur bois
de l'école italienne), dont une dizaine de grands
formats, ont été décrochés, trans- portés et mis en
sécurité. Cet exemple prouve, si besoin est, qu'une
préparation, tant humaine que matérielle est absolument
nécessaire pour faire face à un tel accident qui aurait
pu être catastrophique pour la conservation des ouvres.
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Every
year, the major element responsible for the destruction
of artworks is fire. There are, however, techniques for
combating this. Firstly, techniques for eliminating risk
to the greatest possible extent, a question of prevention;
secondly, techniques for stopping the fire spreading, a
question of anticipation; and lastly, techniques for limiting
the damage, a question of having a safeguard plan. Above
all, it is important to analyse very carefully the risks
museums or any other cultural places have of being destroyed
by fire. There is no such thing as zero risk. It is therefore
necessary to be fully informed, so as to be able to deal
with the threat and reduce the consequences. A fire progresses
through several stages: it breaks out, grows and spreads.
People and artworks can be in danger at each stage. Estimating
a fire risk is a difficult task, one that requires a large
amount of experience and humility. We should first try to
determine the different ways a fire starts, how it grows,
and what damage it can cause, and then we can examine the
different solutions and measures that could be used to reduce
the likelihood of fire breaking out, that could limit its
growth and prevent spreading, and lastly, that could ensure
maximum physical safety of people and artworks.
©
ICOM/ICMS 1997
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