Avant la clôture du projet, prévue le 31 janvier 2026, et la remise du rapport final en mars, un événement de clôture a été organisé à la Société archéologique d’Athènes, du 14 au 16 janvier 2026 : le Forum Final d’ANCHISE.
Image de couverture © ANCHISE
Cet événement a été l’occasion de revenir sur les principales réalisations du projet ainsi que sur son impact, les actions d’ANCHISE ayant toujours été conçues dans le but de produire des résultats durables. L’ICOM, en tant que partenaire du consortium, s’est activement impliqué tout au long du projet, depuis ses débuts en février 2023 jusqu’à son achèvement, trois ans plus tard, en contribuant à des démonstrations, des discussions et des publications. Cet article présente le projet du point de vue de l’ICOM et donne la parole à ses membres, afin qu’ils partagent leurs expériences et leurs réflexions sur le projet.
Le Forum Final d’ANCHISE : une réflexion collective sur les résultats et le futur du projet
Le forum de clôture du projet ANCHISE a réuni un large éventail d’acteurs, représentant la communauté ANCHISE et son esprit de collaboration. Pendant trois jours, cet événement a favorisé des discussions interdisciplinaires abordant les principaux défis, les réalisations et les opportunités futures partagées par les communautés professionnelles impliquées dans le projet. Alors que la première journée s’est principalement concentrée sur les outils technologiques développés au sein d’ANCHISE et sur les expériences des utilisateurs, la deuxième journée a exploré les questions liées à la gestion des données, tandis que la dernière journée a été consacrée à l’héritage du projet, avec une attention particulière portée aux perspectives politiques, au renforcement des capacités et aux recommandations professionnelles.
Tout au long de ces discussions, la voix des professionnels des musées a été constamment représentée, grâce à la participation active de membres de plusieurs comités nationaux de l’ICOM ainsi que du Secrétariat de l’ICOM (Département de la protection du patrimoine).
Lors de l’ouverture du Forum, Elisabeth Bargue (ICOM Grèce) a prononcé un discours d’introduction, soulignant que la participation du comité à ANCHISE venait s’inscrire dans la continuité de son engagement à lutter contre le trafic illicite de biens culturels. Elle a également évoqué la récente publication de la Liste rouge de l’ICOM des biens culturels grecs en péril (2025), qui fait partie des efforts constants déployés par l’ICOM Grèce dans ce domaine.

Revenant sur cette expérience, elle a souligné que :
“Les activités d’ANCHISE ont mis en évidence l’importance de la collaboration interdisciplinaire et d’un retour d’information continu, confirmant ainsi le rôle de l’ICOM en tant que catalyseur entre la recherche technologique et la pratique muséologique. C’est donc avec une grande fierté que l’ICOM Grèce a participé à cet important projet.” – Elisabeth Bargue, membre d’ICOM Grèce
Le dialogue interdisciplinaire au cœur d’ANCHISE
Lors de la session d’ouverture intitulée « Setting the Scene », Sophie Delepierre, responsable du département de la protection du patrimoine (Secrétariat de l’ICOM), aux côtés de Marine Lechenault (École Nationale Supérieure de la Police) et de Benjamin Omer (École française d’Athènes), a apporté des éclairages complémentaires sur le projet. Sophie Delepierre a rappelé l’engagement de longue date de l’ICOM dans la lutte contre le trafic illicite de biens culturels et a souligné l’importance de la collaboration interdisciplinaire, en particulier entre les professionnels des musées et les forces de l’ordre. S’appuyant sur l’expérience des démonstrations ANCHISE, elle a souligné que le projet marquait une avancée novatrice dans l’engagement de l’ICOM et des professionnels des musées à tester et à contribuer au développement d’outils technologiques. Une telle implication a permis un dialogue et un échange de retours d’expérience constructifs entre les musées, les développeurs de technologies, les forces de l’ordre et les archéologues.

Le point de vue des professionnels des musées a également été mis en avant lors de la table ronde intitulée « The Users’ Experience: Feedback and Needs », animée par le professeur Olivier Henry (Université Lyon 2). Maria Dahlström (ICOM Suède), qui a participé à l’ensemble des démonstrations ANCHISE et a accueilli la deuxième démonstration en Suède, a souligné la nécessité de proposer aux professionnels des musées des formations plus ciblées et plus concrètes afin de renforcer leur capacité à lutter contre le trafic illicite.
S’appuyant sur son expérience en tant que membre du comité des utilisateurs d’ANCHISE (Users’ bord) et organisatrice de la démonstration suédoise, Maria Dahlström a souligné:
“Depuis trois ans, je fais partie du comité des utilisateurs d’ANCHISE, auquel j’ai été invitée en ma qualité de membre de l’ICOM. À ce titre, j’ai contribué à l’élaboration d’outils permettant de lutter contre le trafic illicite de biens culturels. Du point de vue de l’ICOM, la coopération internationale et la mise en place d’outils concrets et partagés sont essentielles à la protection du patrimoine culturel. Les récentes réglementations, les plans d’action et les projets collaboratifs tels qu’ANCHISE ont créé une base solide pour y parvenir.” – Maria Dahlström, conservatrice pour les Musées Nationaux de la Culture Mondiale et membre d’ICOM Suède


Les démonstrations musées comme des espaces de coopération et d’apprentissage mutuel
L’un des axes principaux de la participation de l’ICOM dans le projet ANCHISE a été la coordination de la mise en œuvre de démonstrations des outils ANCHISE dans des musées, afin de permettre de tester ces outils technologiques et de recueillir des retours d’expérience structurés auprès des professionnels du secteur muséal.
Ainsi, dans le cadre de ce projet, trois sessions de démonstration destinées aux professionnels des musées ont été organisées à travers l’Europe, dans les institutions suivantes :
- Le musée de la Culture Byzantine de Thessalonique (Grèce) – Septembre 2024
- Le musée Ethnographique à Stockholm (Suède) – Avril 2025
- Le Musée National de Bosnie Herzégovine (BiH) – Septembre 2025
Les outils présentés aux professionnels des musées ont varié au cours des trois sessions de démonstration, reflétant l’orientation sectorielle de chaque événement.
À Thessalonique, où se sont réunies toutes les communautés professionnelles participant au projet, l’ensemble des six outils ANCHISE a été présenté :
- ICONEM Monitoring Toolbox, un SIG multimodal destiné au suivi des sites archéologiques
- KIKu-Mon (Fraunhofer), un outil pour la surveillance automatisée des biens culturels volés sur les plateformes de vente en ligne
- Arte-Fact (PARCS), une application mobile permettant l’identification rapide de biens culturels grâce à la reconnaissance d’images et à la comparaison typologique
- GUARDIAN-CH (CYI), une base de données partagée s’appuyant sur le concept de jumeau numérique et les normes CIDOC CRM, servant de couche d’interopérabilité entre les outils ANCHISE
- ART-CH (ICCS), une plateforme d’analyse sémantique combinant le traitement du langage naturel (NLP), la reconnaissance de formes et la visualisation sous forme de graphes pour les enquêtes sur le trafic
- SFS Spectroscopy (INOV), un outil portable basé sur la fluorescence pour l’authentification non destructive des matériaux
Les deux autres démonstrations étaient spécifiques au secteur muséal, et impliquaient donc des outils spécialement destinés aux professionnels des musées. À Stockholm, trois outils ont été présentés (Arte-Fact, KIKu-Mon et GUARDIAN-CH), axés sur l’identification des objets et la protection des collections. À Sarajevo, un quatrième outil, ART-CH, est venu s’y ajouter, élargissant ainsi le champ d’application à l’analyse des données et au soutien aux enquêtes sur le trafic d’œuvres d’art.
Ces trois événements ont réuni des musées aux profils très variés, tant sur le plan de la gouvernance que de la taille des institutions, des collections et du degré de numérisation. Cette diversité se retrouvait également dans les profils des participants : locaux, nationaux et internationaux. Ces démonstrations ont été le fruit d’une collaboration avec les partenaires du projet ANCHISE, en particulier avec les développeurs technologiques. L’implication des professionnels des musées a été assurée par l’intermédiaire des comités nationaux respectifs de l’ICOM.
Demo 1 – Thessalonique, Septembre 2024

Demo 2 – Stockholm, Avril 2025

Demo 3 – Sarajevo, Septembre 2025

Plus de 60 professionnels des musées ont participé à ces démonstrations, testant les outils avec des données réelles et dans des scénarios quasi opérationnels. Ces professionnels ont également fourni des retours d’expérience structurés qui ont directement influencé le développement des outils. Au-delà de l’aspect technologique, ces événements ont renforcé les réseaux professionnels au sein de la communauté de l’ICOM, favorisant la collaboration entre les comités nationaux, les professionnels des musées et d’autres acteurs de la protection du patrimoine, en créant des espaces durables d’apprentissage mutuel.
En ce sens, ANCHISE a été non seulement l’occasion de découvrir et de tester des outils de pointe conçus pour lutter contre le trafic illicite de biens culturels, mais aussi une expérience de coopération, à la fois interdisciplinaire et entre professionnels des musées, au sein du réseau de l’ICOM. Ce point de vue a été clairement exprimé par les participants, comme le souligne la citation suivante d’Alma Leka (ancienne présidente de l’ICOM BiH et vice-présidente de l’ICOM SEE), qui a participé à toutes les démonstrations ANCHISE et a contribué à l’organisation de la troisième à Sarajevo:
“Du point de vue de l’ICOM BiH, dans un pays aux ressources limitées et aux registres peu développés, ANCHISE a constitué une occasion de tester des outils innovants pour l’identification, le suivi et la documentation des biens culturels. Ce projet a également renforcé le réseau des professionnels des musées et favorisé un sentiment de responsabilité collective dans la lutte contre le trafic illicite des biens culturels.” – Alma Leka, ancienne présidente d’ICOM BiH – Vice-présidente d’ICOM SEE.
À cet égard, les questions relatives à la gestion des données, qui sont au cœur du projet ANCHISE, ont été abordées lors du Forum. Dans son discours d’ouverture de la deuxième journée, Sophie Delepierre a souligné comment ANCHISE a démontré le potentiel de l’innovation technologique pour soutenir la protection du patrimoine, tout en insistant sur le fait que l’efficacité de toute solution numérique dépend de l’implication des musées dans ce type de projet et de l’accès aux données. Elle a souligné l’importance de disposer d’inventaires à jour et d’une documentation complète sur les collections, ce qui constitue une priorité non seulement pour les efforts de numérisation, mais aussi, plus largement, pour les stratégies de protection du patrimoine.


Sensibilisation, publications et impact à long terme
Parallèlement à la mise en œuvre pratique, la recherche, l’éducation et la communication ont également constitué des volets essentiels du projet ANCHISE, et là encore, l’ICOM a apporté le point de vue des musées à ces activités. Cela s’est traduit notamment par la participation à des initiatives de sensibilisation telles que la série de webinaires « ANCHISE Talks », avec l’animation d’une session consacrée à la recherche sur la provenance, un thème qui trouve un écho dans les travaux de l’ICOM en matière de protection du patrimoine (des numéros à venir de Museum International seront consacrés à ce sujet). L’ICOM a également participé à divers colloques, forums et événements connexes, veillant à ce que les points de vue des professionnels des musées soient systématiquement représentés. Outre sa participation à ces événements, l’ICOM a également contribué à des publications et coordonné la conception de modules d’apprentissage adaptables sur la lutte contre le trafic illicite de biens culturels. Conçus pour divers publics professionnels, ces orientations pédagogiques sont le fruit d’une coopération collective et interdisciplinaire au sein d’ANCHISE. Ce point a également été souligné lors du forum final comme un résultat durable du projet.
Le renforcement des capacités professionnelles pour une protection du patrimoine culturel à long terme
La dernière journée du Forum a mis l’accent sur la durabilité des résultats du projet. Dans le cadre des discussions sur la durabilité, Benjamin Omer (École française d’Athènes) et Marco Fiore (Association Michael Culture) ont présenté le projet de création d’un Centre Européen de Compétences interdisciplinaire pour la protection du patrimoine culturel.
Par la suite, Hélène Ventimiglia, coordinatrice du projet ANCHISE à l’ICOM, a animé la table ronde intitulée « Training Professionals: Developing European Standards for Cultural Heritage Protection Training», qui a réuni un panel interdisciplinaire de participants. La discussion a été l’occasion de revenir sur les lignes directrices relatives aux programmes de formation développées dans le cadre d’ANCHISE – une tâche coordonnée par l’ICOM – et de souligner que la formation est la pierre angulaire d’une protection efficace et durable du patrimoine culturel.

Au-delà du projet : la coopération comme un héritage d’ANCHISE
Tout au long du projet, les professionnels des musées, les agents des forces de l’ordre, les archéologues et les développeurs technologiques ont appris les uns des autres, renforçant ainsi la confiance mutuelle et mettant en place des mécanismes de coordination des interventions contre le trafic illicite au-delà des frontières et des disciplines. La présence de l’ICOM a permis de garantir que la voix des musées soit entendue aux côtés de celles des autres communautés professionnelles impliquées dans la protection du patrimoine et des décideurs politiques, laissant ainsi un héritage de collaboration et de pratique professionnelle.
Cet héritage de coopération et d’échanges professionnels transparaît également dans les témoignages de membres de l’ICOM issus de différents contextes nationaux, qui ont souligné la valeur durable d’ANCHISE tant pour le réseau que pour la pratique professionnelle.
Comme l’a souligné Eldira Andoni (ICOM Albanie), la participation au projet ANCHISE a permis de renforcer la coopération internationale tout en intensifiant les échanges au sein du réseau de l’ICOM :
“L’ICOM Albanie a beaucoup apprécié sa participation au projet ANCHISE, qui a favorisé une coopération internationale plus étroite, renforcé les échanges professionnels au sein du réseau de l’ICOM et soutenu l’intégration de l’innovation technologique dans les pratiques de protection du patrimoine” – Eldira Andoni, membre d’ICOM Albanie
D’un autre point de vue national, Linda Lundberg (ICOM Suède) a souligné à quel point ANCHISE illustrait la contribution concrète de l’expertise de l’ICOM à des solutions innovantes et interdisciplinaires :
“Du point de vue d’ICOM Suède, le projet ANCHISE a démontré comment le réseau et l’expertise de l’ICOM peuvent contribuer à la mise au point d’outils concrets et innovants dans la lutte contre le trafic illicite de biens culturels. Je suis convaincue que l’approche interdisciplinaire adoptée par le projet constitue un modèle efficace pour lutter contre ce problème, et l’ICOM Suède est reconnaissant d’y avoir participé” – Linda Lundberg, membre d’ICOM Suède

© ANCHISE
Pour aller plus loin :
ANCHISE en quelques chiffres clés :
- Un projet Horizon Europe
- 3 ans de mise en œuvre (2023–2026)
- 15 organisations partenaires issues de 7 pays européens
- 6 outils technologiques destinés à la lutte contre le trafic illicite de biens culturels
- 9 démonstrations des outils ANCHISE, dont 3 destinées aux professionnels des musées
- 2 ateliers sur la lutte contre le trafic illicite
- 2 colloques thématiques
- 2 forums internationaux
- Une série de webinaires : les ANCHISE Talks
- Des publications et des livrables
- L’élaboration de lignes directrices pour des programmes de formation – coordonnée par l’ICOM
- Plus de 160 personnes impliquées dans 12 pays