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novembre 4, 2020

ICOM Voices Musées et développement durable : une nouvelle approche d’application des Objectifs

Dr. Christopher Garthe

Conférencier de Développement durable dans les musées, à l’Université de Friburg

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Mots clés : Musées du futur; Objectifs de développement durable; Musée vert; Musée durable; Gestion de développement durable dans les musées.

Lors de la Conférence Générale de l’ICOM en 2019, à Kyoto, l’Assemblée Générale a adopté la Résolution « Transformer notre monde : le Programme 2030 pour le développement durable ».

Par cette décision majeure, l’ICOM a engagé la communauté muséale entière à mettre en œuvre les objectifs de ce programme, d’ici 2030. Mais comment ces objectifs globaux se traduisent-ils à échelle institutionnelle ?

Le développement durable dans le secteur muséal

De nos jours, le développement durable ne tient seulement qu’un rôle mineur dans la majorité de nos institutions membres. Bien qu’il existe diverses manières de réduire l’impact environnemental ou l’empreinte carbone des expositions, des réserves et des musées, les actions les plus poussées pour le développement durable, alors vu comme valeur fondamentale du secteur muséal, sont souvent négligées. L’un des défis principaux est de recueillir et d’approfondir les bonnes pratiques isolées, dans le but d’établir un cadre cohérent recoupant ces différentes mesures, afin d’améliorer les performances de gestion à travers tous les champs d’activités du musée.

Les musées et les Objectifs de développement durable

Les Objectifs de Développement Durable des Nations Unies (Nations Unies 2015) pourraient servir de guide à la création de ce cadre pour mener des actions dans le paysage muséal. Diverses suggestions y figurent, notamment concernant la manière dont les musées pourraient participer à les atteindre (c.f. McGhie 2019; Petti et al. 2020).

Puisque depuis des années les institutions mettent en œuvre des actions en concordance avec ces Objectifs, il est judicieux de dépasser les schémas établis et de s’en inspirer. Basés sur les expériences de Responsabilité Sociale des Entreprises (CSR, en anglais) et de Gestion Environnementale en Entreprise (CSM, en anglais), la Gestion du Développement Durable dans les Musées (GDDM) s’avère être un plan de gestion adapté, ajusté aux besoins et aux contextes spécifiques des musées et autres institutions culturelles.

La Gestion du Développement Durable dans les Musées a été conçue par le studio klv, une compagnie spécialisée dans l’organisation et la conception de musées et de salles d’exposition, en collaboration avec les professionnels des musées. La GDDM articule toutes les mesures pour le développement durable, en mettant en valeur l’atout spécifique de chaque institution, au lieu de se concentrer directement sur les objectifs. Par exemple, un musée d’histoire naturelle peut devenir une institution pivot pour discuter de l’avenir de la planète. Ainsi, de par sa spécificité, il offre une approche pratique et pertinente du sujet, qui vient en soutien au travail quotidien dans les musées. La GDDM présente une approche micro et macro basée sur l’engagement de la direction, ainsi qu’un processus participatif ouvert, et vise à améliorer la réussite du développement durable dans tous les domaines.

L’intégration dans les activités du musée

De façon à limiter au minimum les changements, il est essentiel de prendre en compte les structures usuelles des activités du musée. Ainsi, les actions de développement durable sont organisées et développées en accord avec les différents départements. L’application des Objectifs du Programme 2030  dans la routine du travail au quotidien serait ainsi rendue moins complexe. De ce fait, le plan de Gestion du Développement Durable dans les Musées se concentre sur quatre domaines d’action, selon la logique quadruple (Sutton 2010) : (i) Population, la dimension sociale des musées ; (ii) Planète, l’empreinte environnementale ; (iii) Profit, l’analyse de rentabilité de la « durabilité » ; et (iv) Programme, la mission des musées. Ces quatre domaines s’appliquent à chaque département d’un musée, ce qui démontre le caractère transversal de la Gestion du Développement Durable dans les Musées.

L’intégration de la gestion du développement durable dans les activités des musées comme tâche transversale. © Christopher Garthe

La gestion du développement durable comme processus de changement

La gestion du développement durable est un processus dynamique à long terme qui se déroule sur six phases. Le changement commence par l’engagement : la direction s’engage à faire fonctionner l’institution en accord avec les Objectifs du Programme 2030. Dans la deuxième phase, l’on procède à l’analyse de la performance environnementale en cours. Elle comprend la sélection des sujets (par exemple, l’empreinte carbone, la culture organisationnelle), la définition des indicateurs (par exemple, les coûts énergétiques, la satisfaction au travail) et l’analyse du bilan de ces indicateurs. L’essence de chaque effort pour atteindre le développement durable est à lui seul un programme pour la « durabilité » de l’institution entière. Cela englobe les objectifs stratégiques, les critères mesurables, et toutes les actions nécessaires pour atteindre ces objectifs. Ces actions peuvent inclure la réduction des émissions de CO2, l’installation de sanitaires publics communs, ou le lancement d’une campagne de politique locale pour bannir les sacs en plastique à usage unique. Dans la quatrième phase, les mesures décrites dans le Programme sont mises en œuvre. La cinquième phase correspond donc au suivi de la réalisation de ces objectifs. Enfin, la phase finale, et donc phase-clé pour l’acceptation et le succès à long terme, est la communication interne et externe. Celle-ci peut prendre la forme d’un rapport distinct sur le développement durable, ou une communication tout au long du processus.

Des opportunités pour les musées

Le lancement de la mise en œuvre de ce nouveau cadre dans les musées a mis au jour plusieurs défis. Bien que le développement durable aille bien au-delà du « Musée vert » ou de la protection du climat, beaucoup de musées se concentrent plus facilement sur ces questions, car le positionnement du développement durable comme valeur fondamentale, et le travail sur son aspect social, favorise des réflexions et discussions régulières autour de la mission d’une institution et de sa « culture du travail » de façon plus approfondie que la seule optimisation des processus et des développements pour l’économie des ressources.

L’introduction d’un système de gestion du développement durable est un autre défi commun à tous les musées, car cela implique un changement de procédure qui demande du temps et des ressources. Plusieurs études de cas démontrent que cela ouvre aussi de nombreuses possibilités : par la mise en œuvre de la gestion du développement durable, le musée assume sa responsabilité en tant qu’acteur clé pour repenser l’avenir de notre planète et de la société en général. D’un autre point de vue, la gestion du développement durable peut être perçue comme un mode de gestion systématique favorisant les améliorations et les innovations au sein de l’institution. Le rapport environnemental, et la certification environnementale en particulier, offrent des opportunités pour le travail de relations publiques, et peut être vue comme partie intégrante d’un mode de gestion dynamique de la réputation de l’institution. De plus, la gestion de développement durable peut générer des bénéfices économiques et une forte résilience, en renforçant l’engagement et la motivation des employés, et en réduisant les coûts.

Références et ressources

McGhie, H.A., 2019. Museums and the Sustainable Development Goals. A how-to guide for museums, galleries, the cultural sector and their partners. Curating Tomorrow, UK.

Petti, L., Trillo, C., and Makore, B.N., 2020. Cultural heritage and sustainable development targets: a possible harmonisation? Insights from the European Perspective. Sustainability, Vol. 3, No. 12, p. 926.

Site du Studio klv: http://www.studioklv.de/en/studio/

Sutton, S., 2010. Quadruple Bottom Line: People, Planet, Profit AND Program [en ligne]. Disponible sur : https://sustainablemuseums.blogspot.com/2010/05/quadruple-bottom-line-people-planet.html.

United Nations, 2015. Transforming our world: the 2030 Agenda for Sustainable Development. Resolution adopted by the General Assembly on 25 September 2015. Disponible sur : https://sustainabledevelopment.un.org/content/documents/21252030%20Agenda%20for%20Sustainable%20Development%20web.pdf.

UNESCO, United Nations Educational, Scientific and Cultural Organization, 2018. Culture for the 2030 Agenda.

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