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avril 5, 2020

ICOM Voices #MuseoSenzaBarriere – Au Musée Canova, une campagne pour plus d’accessibilité et d’inclusivité

Laura Casarsa

Conseillère en communication, Musée Gypsotheca Antonio Canova, Possagno (Italie)

Mots-clés: accessibilité ; financement participatif ; MuseoCanova

C’est en juillet 2019 qu’a commencé ce périple, lorsque nous avons accueilli un groupe d’enfants non-voyants au Musée Gypsotheca Antonio Canova. A ce moment-là, nous avons mesuré tout le chemin qu’il nous restait à parcourir avant que le musée puisse être qualifié d’accessible.

Nous nous sommes donc d’abord demandé ce que ce concept signifiait pour nous, et avons conclu qu’il n’était plus seulement synonyme d’une garantie d’accès égalitaire pour tous les visiteurs, mais symbolisait aussi une expérience inclusive et participative de qualité.

Pour faire évoluer le musée dans ce sens, nous avons défini quatre objectifs principaux :

1. Surmonter les obstacles architecturaux actuels ;

2. Créer un espace au sein du musée où les enfants peuvent manier librement les matériaux utilisés par Antonio Canova (plâtre, argile, etc.), afin de développer leur créativité. Un espace, dont le slogan est : « Il faut toucher ! » ;

3. Veiller au bien-être des visiteurs non-voyants et malvoyants en créant une expérience qui répond mieux à leurs besoins, grâce notamment à la mise en place de visites tactiles et de légendes en braille ;

4. Former nos médiateurs à communiquer la beauté du musée aux visiteurs souffrant de handicap visuel.

Le principal obstacle : le financement

Faisons un petit rappel du contexte. Le musée Gypsotheca Antonio Canova préserve le patrimoine historique et artistique d’Antonio Canova, l’un des plus grands sculpteurs de la période néoclassique. Le complexe de l’établissement est situé dans un village de 2 000 habitants, Possagno, dans la région de la Vénétie, au nord-ouest de l’Italie. Lieu de naissance de l’artiste, il abrite sa gypsothèque, où se trouvent les modèles en plâtre ayant servi à créer les pièces de marbres exposées dans les plus grands musées du monde. Comme dans la plupart des petits musées, la survie de l’institution repose sur les 50 000 tickets vendus chaque année aux visiteurs. Mais ces revenus ne sont pas suffisants pour mettre en place des projets, et il n’existe aucune possibilité de financement qui nous permettrait d’améliorer l’accessibilité du musée.

Alors, que faire ?

En octobre 2019, nous avons décidé de nous tourner vers la communauté locale et vers notre public en proposant une campagne de financement participatif sur la plateforme retedeldono.it. C’était magique : nous avons constaté combien notre communauté se sentait concernée par notre désir d’améliorer l’accessibilité du musée et souhaitait nous apporter son soutien.

Le projet a rapidement pris la forme d’une campagne de sensibilisation : des guides, des enseignants ou même de simples abonnés exprimaient à quel point il était important de fournir à l’ensemble des visiteurs les outils nécessaires pour apprécier les œuvres du sculpteur à leur juste valeur.
La campagne a duré quatre mois et s’est terminée le 31 janvier 2020, après avoir rencontré un succès inattendu. L’implication des entreprises locales et des visiteurs nous a permis de récolter quelques 12 332 euros. Nous avons aussi eu la chance de remporter le prix Rete del Dono, qui récompense les organisations à but non lucratif lançant des campagnes de financement participatif afin de financer des projets culturels. Ce prix de 3 000 euros, offert par la banque UBI, est venu s’ajouter aux fonds collectés.

Nous faisons de notre mieux pour atteindre les quatre objectifs listés ci-dessus

Lancer cette campagne pour développer l’accessibilité du musée était essentiel ; elle nous a permis d’attirer l’attention de différents partenaires et d’obtenir leur collaboration. Par exemple, une entreprise spécialisée dans l’impression en 3D a proposé de produire des répliques des sculptures du musée. Également, une fondation locale ayant pour mission l’intégration totale des personnes handicapées dans la société, et notamment des personnes malvoyantes, s’est engagée à nous fournir des cartes du musée en braille.

Qu’avons nous appris de cette expérience ?

1. Travailler sur l’accessibilité dans les musées implique de tenir compte de nouveaux points de vue sur l’expérience des visiteurs. Il ne s’agit pas simplement de surmonter les obstacles architecturaux, mais également de garantir une qualité de visite optimale pour tous : enfants, familles, étudiants, seniors, mais aussi personnes handicapées ou étrangères. Pour cela, nous devons proposer des documents explicatifs adaptés aux différentes classes d’âge et des visites guidées sur mesure pour les familles, sans oublier de former nos guides.

2. L’accessibilité est l’affaire de chacun. C’est pourquoi il est important de communiquer sur nos projets en la matière et, si nécessaire, de demander aux visiteurs et abonnés sur les réseaux sociaux de nous apporter leur aide.

3. Pour améliorer cette accessibilité, chaque service du musée doit être mis à contribution : aussi bien le service de la communication que celui de la conservation, et jusqu’aux membres du conseil d’administration. Ce n’est qu’en travaillant en équipe que nous pouvons atteindre nos objectifs.

 

Références et ressources:

Plus d’informations sur le prix Rete del Dono : www.retedeldono.it/premio/cultura

Vidéo de présentation de la campagne #MuseoSenzaBarriere : https://www.youtube.com/watch?v=U-BrsBReqas

Photo credits: © Otium Studio/ Giulio Favotto

 

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