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décembre 4, 2020

ICOM Voices« La Staffetta de la Memoria » : faire vivre un projet participatif en temps de crise

Paola E. Boccalatte

muséologue au Museo diffuso della Resistenza, della Deportazione, della Guerra, dei Diritti e della Libertà (Turin, Italie)

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Mots-clés : Histoire publique ; Etudes mémorielles ; Co-conservation ; Participation ; Seconde Guerre mondiale.

Un fer à repasser, création d’un ouvrier abattu par les escadrons fascistes; la médaille d’argent du militant antifasciste, écrivain et philosophe Pietro Chiodi; les documents personnels d’un lieutenant parti pour la campagne italienne en Grèce avant d’être déporté en Pologne; un outil créé dans les ateliers Olivetti et utilisé par les résistants pour lacérer les pneus; une pièce d’échec gravée par un typographe emprisonné dans le camp de transit de Bolzano…

Voici quelques-uns des objets touchants, souvent douloureux, parfois controversés, qu’a collectés le Museo della Resistenza (Musée de la Résistance) à Turin, en Italie, dans le cadre du projet «La Staffetta della Memoria» (Le Relai de la Mémoire). Son objectif : rassembler des témoignages et histoires de première main sur la Seconde Guerre mondiale, transmis par les amis, les enfants et les petits-enfants des personnes qui l’ont vécue, pour mieux préserver la mémoire de ce temps.

Le fedi (les alliances), projet «La Staffetta della Memoria». © Museo diffuso della Resistenza di Torino / Maria Chiara Ciaccheri

Co-conservation au Museo della Resistenza

Le Museo della Resistenza est un centre d’interprétation relié virtuellement à tout un réseau de sites urbains en rapport avec la Seconde Guerre mondiale, la Déportation et la Résistance italienne (abris anti-aériens, usines ayant subi des frappes aériennes, le ghetto juif de Turin, etc.). Il propose à ses visiteurs une expérience multimédia interactive. Seuls deux objets iconiques composent sa collection : une machine à pédale utilisée pour imprimer des documents clandestins et une chaise pour les exécutions. Cette absence de collection a tendance à perturber les visiteurs les plus âgés, qui s’attendent à trouver un musée plus traditionnel abritant des souvenirs de la Seconde Guerre mondiale. Pourtant, le musée propose ainsi un espace temporaire dans lequel les visiteurs peuvent interagir avec les objets, profiter de leur puissance évocatrice et participer à la préservation de l’histoire par leurs propres souvenirs.

Conçue par Francesca Toso, ex-responsable des expositions du musée, la première édition du projet «La Staffetta della Memoria» a ouvert ses portes le 25 avril 2017. L’événement a aussi bien attiré d’anciens opposants politiques bien connus de la communauté locale, que des jeunes de la région, preuve que l’histoire et la mémoire présentent un vif intérêt pour les nouvelles générations qui n’ont pas connu cette période.  

I volantini (les prospectus), projet «La Staffetta della Memoria». © Museo diffuso della Resistenza di Torino / Bruno Giachello

L’impact de la crise

Au début de l’année 2020, en collaboration avec l’Institut Piémontais pour l’Histoire de la Résistance et la Société Contemporaine «Giorgio Agosti», le musée a tenté de mettre en place de nouvelles pratiques participatives, lors d’une deuxième édition du projet : toute personne possédant un objet (photographie, cahier, outils du quotidien, etc.) porteur de souvenirs en lien avec la Seconde Guerre mondiale, la Résistance ou la Libération de l’Italie, et souhaitant en raconter l’histoire, pouvait répondre à l’appel lancé dans le cadre du projet «La Staffetta della Memoria».

La pagella (le bulletin de notes), projet «La Staffetta della Memoria». © Museo diffuso della Resistenza di Torino / Luca Zanotta

Lorsque le musée a fermé ses portes en mars 2020, à l’instar de l’ensemble des institutions culturelles italiennes, nous avons dû trouver des alternatives à une exposition sur place, devenue impossible. Au lieu d’annuler tout bonnement l’événement, nous avons préféré lancer au plus vite un appel à participation sur le site internet et les réseaux sociaux du musée, pour demander aux citoyens de nous envoyer une courte vidéo de leur cru, dans laquelle ils nous compteraient l’histoire de leur objet.

Nous avons reçu 20 propositions, toutes cohérentes et pertinentes, que nous avons donc validées. Les premières ont été publiées le 25 avril (le jour de la Libération de l’Italie de l’occupation nazie en 1945). Les suivantes ont été mises en ligne sur la chaîne YouTube du musée tous les mardis jusqu’au 8 septembre, date de l’annonce de l’Armistice de l’Italie avec les Alliés et du début de la Résistance, en 1943.

Chaque vidéo était précédée d’une courte introduction historique par le directeur de l’Institut Piémontais pour l’Histoire de la Résistance, Luciano Boccalatte.

Une opportunité

Malgré les défis posés par la fermeture du musée, nous sommes parvenus à proposer un projet participatif abordable sur l’histoire publique, dans lequel les citoyens ont eu la possibilité de choisir eux-mêmes ce qu’ils racontaient et de quelle façon. Nous avons réussi à créer une expérience d’intérêt pour nos communautés, dont les membres sont devenus des co-conservateurs.

Grâce à l’édition numérique de l’exposition, nous avons pu partager de précieux témoignages et souvenirs d’une période cruciale de notre histoire. Une troisième édition est actuellement à l’étude. Nous y combinerons exposition sur site et présentations en ligne, dans le but d’amplifier l’aspect inclusif et participatif du projet.

Références et ressources

« La Staffetta della Memoria » playlist YouTube : www.youtube.com/user/DIFFUSO2003.

Les co-conservateurs : www.museodiffusotorino.it/news/6768/la-staffetta-della-memoria.

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